Infusion
Civilisation

Il y a longtemps en Corée, un haut fonctionnaire de retour à la cour royale, après un long voyage, assista à une scène bien étrange : il vit une jeune fille brandissant une cravache et poursuivant un vieillard qui implorait pitié.

Indigné par cette situation, le fonctionnaire s’interposa et fit part à la jeune fille de sa colère, face à un tel manque de respect envers ce vieil homme. Mais sans se démonter, la jeune fille répliqua du tac au tac :

"Monsieur, je ne vois pas en quoi corriger son petit fils poserait problème…". Cette réponse absurde finit par mettre le fonctionnaire hors de lui, qui dégaina son sabre, prêt à punir la menteuse éhontée.

Sans se troubler, la jeune fille lui dit : " Je comprends votre surprise, vous ne me croyez pas ! Mais comme mon petit fils ne fait pas comme moi, il a fini par vieillir… ". Désarçonné, le fonctionnaire lui demanda son âge ; et la jeune fille lui répondit : "J’ai 300 ans !". Puis ayant enfin appris son secret de jeunesse, le fonctionnaire lui demanda humblement de lui donner une plante de Gugi (c’est le secret), ce que fit la jeune fille. Après avoir consommé l’infusion de Gugija (baies de Goji), le fonctionnaire put finalement constater sur son propre corps, les effets rajeunissants de cette plante miraculeuse.





En Corée, depuis toujours, un principe fondamental règne sans partage sur la santé et l’alimentation, c’est le Yakshikdongeui ; cela veut dire littéralement que médicaments et aliments sont une seule et même chose. Chez nous, c’est un peu le "dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es !"

La plus simple des boissons traditionnelles, recèle un trésor de sagesse ancestrale, qui allie saveurs gourmandes et vertus bienfaisantes. En fonction des saisons, les coréens consomment des boissons différentes et variées.

Chaudes ou fraîches, les boissons et infusions ont commencé à être appréciées dans la péninsule coréenne, à partir du 2ème siècle.



Dans les chroniques historiques du Samguksagi, portant sur la période des 3 royaumes (1er siècle av. JC- 7ème siècle), il est raconté qu’au royaume de Shilla, on consommait des boissons fraîches élaborées à base de céréales fermentées. Dans une autre chronique, le Samgukyusa, une cérémonie au royaume de Kaya est décrite, où le roi Kim Suro, accueillant sa future épouse venue du royaume indien d’Ayodhya, offrent aux participants, une boisson à base d’orchidée.



Dans une encyclopédie médicinale chinoise, on pouvait lire que l’infusion aux feuilles de menthe était très prisée au royaume de Shilla, tandis qu’au royaume de Koguryeo, l’infusion d’Omija (Schisandra Chinensis) était particulièrement appréciée. Pendant la période de Koryeo, du 10ème au 14ème siècle, avec le thé, toutes sortes d’infusions accompagnaient la vie quotidienne des coréens, quelque soit leur rang social.



Sous la dynastie Joseon, les infusions Gamipcha (aux feuilles de Kaki ou Plaqueminier), Gugijacha (baies de Lyciet / baies de Goji), Mogwacha (aux fruits de cognassier de Chine) et aux fleurs de chrysanthèmes, étaient très répandues. Dans son encyclopédie médicale et pharmacologique rédigée au 16ème siècle, le Dongeuibogam, le médecin HuJun décrivait déjà nombre de décoctions stimulantes à base de plantes médicinales, qui sont encore consommées de nos jours.



Le shieuijeonsu, compendium de recettes datant du 19ème siècle, décrit la formule de diverses boissons rafraichissantes (Hwatchae) : par exemple, sur une base de jus d’Omija, on rajoute des pétales de rose, au début de l’été, ou de rhododendron coréen, au printemps, ou bien encore des morceaux de cerises ou de pêches en été. Puis de nouvelles boissons sont apparues comme le Sujunggwa, mélange de jus de gingembre, de miel, de cannelle, de kakis séchés ou de pignons de pins ; également le Shikhye, composé de riz fermenté et macéré dans du sucre liquide et du jujube.

De nos jours, ces boissons sucrées sont servies en fin de repas, en guise de dessert, ou dégustées à la fin d’une cérémonie du thé.