Papier
Civilisation

Il y a 1000 ans au royaume de Shilla, un moine âgé nommé Sol dirigeait un temple situé dans les montagnes de Kuksabon, à Euryung. Aux alentours du temple, poussaient beaucoup de mûriers à papier. Un jour, au cours d’une promenade, le moine Sol coupa une branche de mûrier pour s’en servir de canne, et marcha jusqu’à un banc pour se reposer. De bonne humeur, Sol chantonnait en tapotant de sa canne, l’angle du banc de pierre, pour battre la mesure… En rentrant au temple, le moine oublia sa canne contre le banc.

Le lendemain, de retour sur le banc après sa promenade, Sol retrouva la canne à l’endroit où il l’avait oubliée ; il constata qu’une fine couche de pulpe blanche s’était déposée à l’endroit même ou le bois avait frappé la pierre. Intrigué par cette matière, il décida de refaire volontairement l’expérience ; il détacha une couche d’écorce du tronc d’un mûrier et l’écrasa méthodiquement contre le banc, avec un galet. Le lendemain, le moine retrouva sur le banc, la fine couche de pulpe, et découvrit ainsi les premiers pas du procédé de la fabrication du papier…





Les coréens ont une très ancienne tradition de fabrication et d’utilisation variée du papier. Initialement composé de fibres de ramie ou de chanvre, puis ensuite de mûrier à papier, il est à l’origine d’un artisanat élaboré et populaire, et d’une multitude d’usages encore très appréciés de nos jours.

Le papier composé à base de fibre de mûrier, et appelé Hanji, est l’un des 4 composants traditionnels du matériel d’écriture, avec le pinceau, le bâton d’encre et la pierre à encre.



Il est également considéré comme l’un des 3 trésors de la maison traditionnelle, avec les objets en laques et les vêtements de chanvre ; on le retrouve dans la réalisation de très nombreux objets pratiques de la vie quotidienne, comme des rangements d’intérieurs, des armoires, commodes, tables basses, rideaux, bureaux, boîtes, oreillers, peignes, plateaux, jarres, louches, éventails, ombrelles, chapeaux, chausses, fleurs artificielles, lanternes, cerfs-volants et même armures de soldat et carquois !





Pendant la période des 3 royaumes de Corée (1er siècle av. JC- 7ème siècle), c’est le papier appelé Maji, en fibres de chanvre ou de ramie, qui était utilisé. Au royaume de Paekche, le papier devint le support privilégié pour l’écriture, au 4ème siècle, des chroniques historiques. Au 7ème siècle, c’est Damjing, moine bouddhiste et peintre du royaume de Koguryeo, qui introduit au Japon des techniques de fabrication déjà bien élaborées. Le Samgukyusa, chroniques historiques des 3 royaumes, décrit déjà la popularité de la fabrication et de l’utilisation de cerf-volant de papier.





A partir de la dynastie Koryeo, au 10ème siècle, les coréens commencèrent à fabriquer le papier à partir des fibres de mûriers à papier (Taknamu), qui permettaient une production à plus grande échelle. Au 11ème siècle, les mûriers étaient cultivés dans toute la péninsule, les affaires des manufactures devinrent florissantes, et du papier commença à être exporté vers la Chine. Le gouvernement encouragea le développement de cette industrie en créant une agence administrative spécialement dédiée à sa promotion. L’amélioration continue des techniques finit par produire un papier homogène et solide, doux et lustré sur ses 2 faces, pour finalement déboucher sur le Hanji, le papier traditionnel coréen.